Je me souviens…

Je me souviens… de mes beaux-parents

Je me souviens… de mon cher beau père, le papa de ma chérie – un excellent homme. Il venait manger avec nous grand’place, à peu près tous les samedis. Il était amputé d’une jambe mais il se débrouillait et marchait bien. Notre petit dernier Jean-Luc s’amusait avec sa jambe de bois. Mon beau père appelait Jean-Luc : « pépète », il s’aimaient mutuellement.

Je me souviens… de son enterrement à Neuville Saint Vaast, les porteurs laissèrent tomber son cercueil dans le hall de la grande maison , cet incident nous bouleversa. J’allais à la pêche avec lui etc.
C’était un bon cœur né en 1900, qui s ‘est éteint en 1956.

Je me souviens… également du décès, hélas de ma belle mère rue Posteau à Arras ; ma chérie attendait Jean-Luc, donc en 1953 ; à ce moment là son frère, donc le fils de ma belle mère était en ville en tant que soldat et revêtait un magnifique uniforme de Spahi. C’est moi qui ai fermé les yeux de ma belle mère. Il en fut autant pour mon vénéré grand père Adrien Varez, en son temps au 8, rue Jules Mathon.

Je me souviens… du soleil

Je me souviens… encore aujourd’hui, avoir aimé énormément le soleil. Au cours de mon service militaire dans les Pyrénées, près de Céret, on ne savait quoi faire… il en était ainsi de tout le régiment. Alors nous nous promenions dans les montagnes environnantes, allant jusqu’à la frontière espagnole. Nous retirions nos chemises et j’attrapais de sérieux coup de soleil et par la suite ne supportais plus aucun vêtement durant plusieurs jours, ne pouvant dormir même.

Depuis cette date, je me méfie du soleil, bien que lorsque celui-ci brille, je suis heureux de m’y exposer (surtout le visage) gamin va !!!

Ce ne sera pas le cas cette année : nous sommes le 5 juin 2000 et il pleut depuis plus d’un mois ; nous connaissons de grandes fraîcheurs et le chauffage central fonctionne encore.

Certaines anecdotes vous feront plaisir, d’autres vous laisseront indifférents, je vous prie de m’en excuser, mais cela fait partie de « Je me souviens… »
Le principal reproche que vous pourriez me faire, relève du fait que tous les écrits authentiques sont relatés sans chronologie, certes mais mon stylo s’anime lorsqu’il me revient un fait précis.

Bon ! Si cela ne vous plait guère, arrêtez de me lire, car je n’ai pas fini… J’aime écrire, et à moi, cela me fait passer le temps, cultive ma mémoire et je vais du dictionnaire au QUID (que m’a généreusement offert Jean-Luc) , à l’Atlas et au « Ravet Anceau », puis de notre arbre généalogique (maintenant détenu par Jean-Luc et son fils Matthieu), en passant par mon livret de famille, pour me tromper le moins sur les dates citées.

Surtout, n’égarez pas ces pages… peut-être qu’un jour, mes petits enfants seront heureux de lire quelques fragments de ma vie ?

Je me souviens… de la mise en bouteille

Je me souviens… d’un magasin rue Paul Doumer à Arras, où se trouve actuellement mon coiffeur : « cinquième avenue » ; ce magasin vendait des bouchons en liège et tout ce qu’il fallait pour mettre le vin en bouteille. Il y avait en façade, un immense bonhomme tout en liège, d’environ 3,50 m de haut ; le propriétaire, établissement Legrand, le rentrait tous les soirs mais à cette époque c’était une sacrée curiosité.

Je me souviens… de la mise en bouteille – à cette période, il était de bon ton, pour les gens aisés, de mettre soi-même, son vin en bouteille. Mes parents , rue Jules Mathon, pratiquaient cette coutume.
C’était un certain travail et ma sœur s’en rappelle bien ; il fallait laver scrupuleusement les bouteilles, faire tremper les bouchons, avoir de la cire à cacheter, disposer d’un appareil à bouchonner etc. préparer la colle pour les étiquettes et lorsque le tonneau ou les tonneaux arrivaient, c’était déjà le commencement de la fête. Les tonneaux étaient descendus en cave pour quelques jours afin de faire reposer le vin : c’était presque un cérémonial cette mise en bouteille !
Papa et maman faisaient fondre la cire dans une boite alimentaire vide. La cave sentait la cire et cette odeur nous prenait à la gorge, on toussait, surtout moi !

Il fallait très délicatement, plonger la bouteille pleine, avec son bouchon, dans la cire . Certaines bouteilles cassaient car il se produisait une réaction de froid du goulot et de chaud de la cire !
Puis venait l’étiquetage et enfin, la dégustation…
Papa ne faisait que rentrer du Bourgogne avec un bouchon cire rouge pour les rouges, cire jaune pour les blancs.
Là encore, c’était le bon temps.
Pour les vins de bordeaux, la cire était verte.

Beaucoup plus tard, nous avons reproduit ces opérations dans notre cave sur la Grand’place au 66, avec notre cousin Gustave Varez (décédé en 2000). Je pense encore avoir quelques bouteilles de cette époque , dans ma jolie cave dont Jean-Luc en a appris les plus belles senteurs.

Je me souviens… du patriotisme

Je ne pense pas vous avoir entretenu du patriotisme et du caractère charismatique de mes parents :

Je me souviens… que papa était très patriote, très « cocorico », plus républicain que maman, qui elle, de souche paysanne, était royaliste (là encore, j’ai hérité d’elle et en suit fier).
A Arras, chaque fois que se produisait une manifestation militaire, papa, à la suite de mon grand père – déjà affirmé – m’ emmenait ; or, ce devait être en 1935, alors que j’étais au premier rang, place de la gare, juste devant le monument aux morts, est arrivé, venant d’Achicourt, un rassemblement de « croix de feu », nous avons entonné avec grande émotion la Marseillaise, hymne de notre France, notre Patrie.

Près de nous, se trouvait un ancien combattant en chaise roulante qui vibrait aux paroles de notre Marseillaise ; à côté un vil socialiste, Monsieur Petit qui habitait rue Gustave Colin, juste derrière la passerelle…
Que fit ce sinistre monsieur ? Il gifla l’ ancien combattant parce que ce dernier ne chantait pas « l’ international » – quel scandale.

Je me souviens… que papa voulut s’interposer, les croix de feu s’en mêlèrent et la police intervint.

Pour enseigner un peu mes enfants, un peu d’histoire :

En 1936, les anciens combattants, les nationalistes regroupés en 1927 par le Colonel François de La Rocque – officier de carrière, avaient quitté l’armée et en 1929, ce dernier adhéra aux croix de feu. Le 9 septembre 1943, il fut arrêté puis déporté or dès 1936, ce mouvement comptait plus de 400000 hommes !

Je vous ai parlé un peu plus en avant, de nationalisme chez mes parents…

Je me souviens… qu’étant rue Jules Mathon, dans le petit hall qui séparait la cuisine du couloir d’entrée, il y avait un grand portrait du Maréchal Philippe Pétain et, et oui, aussi, un grand portrait du Général de Gaulle – oh, pas l’un à côté de l’autre… ils se regardaient presque…

Papa a commencé à travailler assez jeune, à cette époque cela était naturel. Il demeurait à Lille dans le quartier de Wazemmes.
A noter, que mon grand père paternel se prénommait également comme son fils Achille. Mon grand père était né en 1865 et mourut en 1914 ; ma grand mère paternelle Clémentine Vanacke, elle naquit en 1861, et décéda à Arras en 1923, je n’ai donc que trop pu la connaître.

Bon, parlons un peu de 1905 : date de la séparation de l’église et de l’état.
On pillait les églises, on enlevait les crucifix des établissements nationaux, fermetures des écoles catholiques – en somme une persécution à la française !
Or , à cette époque, papa travaillait aux établissements Dambrine, négociants en vins, champagne sur Lille. La police de l’époque vint chez Dambrine pour perquisitionner. Papa n’eut le temps que de filer emportant dans ses poches une grande quantité de bouchons de champagne . Il courut jusqu’à l’église du Sacré Cœur, grimpa au clocher et a mitraillé la police avec ses bouchons… un nouveau gavroche de l’époque . Ensuite, il courut jusqu’au bois de Phalempin au sud de Lille, puis disparu de la circulation, tout rentra dans l’ordre par la suite.

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